Félix Boldère et Nina: duo d’enquêteurs inattendu


Félix Boldère

Un homme ordinaire aux multiples failles

Félix Boldère est un homme ordinaire confronté à des situations qui, elles, ne le sont pas. Capitaine de police de terrain, discret, plutôt effacé, il n’a rien du flic flamboyant ni du génie de l’enquête. Il fait avec ce qu’il a : de l’expérience, du bon sens, de la ténacité et une certaine capacité à encaisser les coups sans trop se plaindre.

Grand, longiligne, souvent mal rasé, les cheveux noirs rarement disciplinés, il s’habille surtout en noir ou en gris. Il ne fait pas grand-chose pour améliorer le tableau. Une cicatrice au coin de la bouche, une hanche douloureuse et quelques autres traces laissées par la vie complètent le personnage. Ses yeux noirs légèrement en amande lui rappellent ses origines métissées, dont il est discrètement fier.

Son enfance n’a pas franchement arrangé les choses. Une mère qui s’en va alors qu’il est encore gamin, un père vendeur de voitures et magouilleur infatigable dont il cherche à ne surtout pas suivre l’exemple. Avec son frère et sa sœur, les relations restent correctes, mais la famille n’est pas vraiment son sujet préféré.

Il est devenu policier en partie pour faire les choses autrement que son père. Pas pour sauver le monde. Simplement pour avoir un boulot qui ait un sens.

Boldère est un bon enquêteur, mais ce n’est pas Sherlock Holmes. Il manque d’imagination, de patience et parfois de finesse quand il s’agit de comprendre les gens. Il avance plutôt à petits pas, en s’accrochant aux faits. En revanche, il a du métier, de bons réflexes et un solide instinct de terrain. Et quand une situation lui échappe, il lui arrive de préférer agir d’abord et réfléchir ensuite. Ce qui explique qu’il ait quelques comptes à rendre à sa hiérarchie.

Il a du répondant. Parfois même un peu trop. Il peut être bagarreur et a eu plusieurs fois des ennuis à cause de ça. Il n’est pas franchement malhonnête, mais pas non plus un modèle de vertu. Disons qu’il sait s’arranger avec la vie. Opportuniste, plutôt. Il se contente de ce qu’il a, ou presque.

Sous son côté réaliste, il garde pourtant une petite part d’idéalisme, surtout sur les sujets qui l’ont blessé. Et puis il y a cette nostalgie qu’il traîne sans trop savoir de quoi elle est faite. Il a grandi au moment où le monde commençait à changer très vite. Peut-être simplement trop vite pour lui. Quelque chose en lui semble appartenir à une époque plus lente, où l’on prenait encore le temps de regarder, de réfléchir et de laisser venir les choses.

Il aime les vieux films policiers, les romans classiques, le jazz, le rock, les terrasses de café et les cigarettes. Il aime surtout regarder les gens passer.

Solitaire, célibataire, sans enfant, Boldère mène une vie plutôt simple. Il n’est pas très doué avec les nouvelles technologies, souffre du vertige, déteste les pigeons et autres volatiles et traîne sa vieille douleur à la hanche. Il sait aussi crocheter une serrure, ce qui peut toujours servir.

Et puis il y a Nina.

Elle est son informatrice, sa confidente, parfois sa conscience et surtout la personne qui comprend les gens là où lui patine un peu. Entre eux, c’est compliqué. Amitié ? Amour ? Attirance ? Un peu tout ça, probablement. Ils jouent depuis longtemps à se rapprocher sans vraiment oser aller au bout.

Mais Boldère est très amoureux. Et n’ose l’avouer. De peur qu’elle s’en aille.

Nina possède la liberté qui manque à Boldère. Lui possède la stabilité dont elle ne veut pas.

Au fond, Boldère est un type courageux sans être héroïque, intelligent sans être brillant, solitaire sans être misanthrope, honnête sans être irréprochable.

Un homme plutôt banal, avec quelques failles, quelques qualités et pas mal de casseroles.

Et qui, avec l’âge, va forcément finir par changer.


Nina (Anne Beauregard)

Anne Beauregard, que tout le monde appelle Nina, est probablement le personnage le plus difficile à ranger dans une case.

Ancienne SDF, anthropologue de formation, cultivée et plutôt brillante, elle aurait parfaitement pu avoir une vie confortable. Les diplômes, l’éducation, les capacités : elle avait tout ce qu’il fallait. Elle a simplement décidé de ne pas jouer le jeu.

Pour comprendre les gens de la rue qu’elle étudiait, elle a commencé par vivre parmi eux. Et puis elle y est restée. Squats, jardins, cimetières, appartements d’amis : Nina a fini par faire de la marginalité un choix de vie.

Mais surtout un poste d’observation.

Nina regarde les gens. Elle les écoute. Elle les décortique. Là où Boldère cherche des faits, elle cherche ce qui se cache derrière. Une attitude, une hésitation, un mensonge, un regard : elle comprend assez vite ce qui se passe dans la tête des autres. C’est ce qui la rend particulièrement utile et habile dans les enquêtes.

Petite, nerveuse, pas maigre, souvent habillée en noir, cheveux colorés, grosses bottes à pateforme, bijoux métalliques, elle cultive une allure gothique avec parfois un côté garçon manqué. Elle ne cherche pas vraiment à être jolie ou élégante. Elle cherche surtout à être elle-même. Et accessoirement à emmerder les conventions. Pourtant elle n’est pas anarchiste. Pas réac non plus. Comprend la présence des flics. Elle n’est pas contre l’ordre. Mais l’ordre juste.

Elle a une sacrée répartie. Sarcastique, provocatrice, souvent insolente, elle répond rarement à une question de façon simple quand elle peut faire autrement. Elle aime tester les gens, les pousser un peu dans leurs retranchements et regarder ce qu’ils vont faire.

Mais derrière les plaisanteries se cache une vraie intelligence. Nina est l’un des personnages les plus cultivés. Les sciences humaines, les comportements collectifs, la psychologie des groupes : tout l’intéresse. Les gens la fascinent autant qu’ils l’agacent.

Elle prétend d’ailleurs avoir une assez piètre opinion de l’humanité. Elle trouve les hommes égoïstes, absurdes et souvent ridicules.

Le problème, c’est qu’elle passe son temps à les aider.

Elle peut être cynique dans ses paroles et généreuse dans ses actes. Elle peut voler si elle en a besoin, contourner les règles et considérer certaines lois comme de simples obstacles administratifs. Mais elle n’est ni cupide ni méchante. Elle veut surtout rester libre et refuse qu’on lui explique comment elle doit vivre.

Avec Boldère, c’est évidemment plus compliqué.

Lui est concret, lent, prudent, parfois maladroit. Elle est intuitive, cultivée, rapide et imprévisible. Il avance avec les pieds dans le réel ; elle passe son temps dans la tête des autres. Elle possède la liberté dont il rêve vaguement. Lui représente une stabilité qu’elle refuse pourtant de reconnaître comme nécessaire.

Entre eux s’est installé un curieux jeu de cache-cache. Ils se cherchent, se rapprochent, se comprennent et repartent chacun de leur côté. Ils pourraient probablement être ensemble. Mais aucun des deux ne semble vraiment décidé à vérifier s’ils le peuvent. Surtout Nina. Boldère, le pauvre, subit ces hésitations.

Nina a aussi une morale assez personnelle. Elle vole parfois, ment quand ça l’arrange et se moque des règles lorsqu’elles lui paraissent absurdes. Mais elle a ses propres limites. Et, contrairement à ce qu’elle prétend, elle possède un sens assez solide de la justice.

Son indépendance a toutefois un prix : l’instabilité, la solitude et l’impossibilité de vraiment construire quelque chose.

Car Nina est pleine de contradictions.

Très instruite mais volontairement précaire. Désabusée mais curieuse de tout. Cynique mais généreuse. Solitaire mais rarement seule. Capable de comprendre presque tout le monde, sauf peut-être elle-même.

Et c’est probablement là que se trouve son véritable secret.

Elle affirme vivre dans la rue pour rester libre et continuer à observer les hommes. C’est peut-être vrai.

Mais avec une intelligence comme la sienne, elle pourrait changer de vie demain matin.

Alors pourquoi ne le fait-elle pas ? (Elle va le faire dans le numéro 4).

Mais, si vous en êtes au début, c’est la question.

Boldère cherche des réponses.

Nina, elle, reste la question.