Arrivé au troisième volume de cette série policière avec Palimpsestes (avril 2026), il est temps de faire un point sur la catégorie dans laquelle s’inscrivent mes romans.
Une personne avisée de mon entourage, grand amateur de polars, m’a précisé que c’était indubitablement la catégorie du polar « de regard ».
Mais qu’est-ce qu’un polar de regard ?
C’est un roman policier qui met moins l’accent sur l’énigme ou la résolution spectaculaire d’un crime que sur la manière dont le monde est observé, interprété et jugé par les personnages. Dans ce type de polar, l’enquête devient souvent un prétexte pour explorer une vision particulière de la société, des individus et de leurs zones d’ombre, de leurs particularités. Le regard du romancier ou de l’enquêteur est central : c’est à travers lui que le lecteur découvre les faits, mais aussi les non-dits et les ambiguïtés.
Les caractéristiques du polar de regard tiennent à cette subjectivité assumée. La narration privilégie souvent la description des attitudes, des gestes et des détails du quotidien. Le crime n’est pas toujours au cœur du récit ; il peut même rester secondaire face à l’analyse psychologique ou sociale. L’enquêteur n’est pas un héros tout-puissant, mais un observateur lucide, parfois désabusé, qui doute de ses certitudes.
Vous l’avez sans doute remarqué dans mes précédentes publications : les descriptions sont riches, les durées et les timings sont toujours en rapport avec la réalité. Il m’est important de mettre le lecteur en situation, de lui faire vivre le roman et même de lui permettre de prendre la place de chacun des personnages au fur et à mesure qu’ils apparaissent.
Une lectrice, qui se reconnaîtra sans doute, a conclu par cette phrase magnifique pour moi, complètement inattendue mais ô combien réelle :
« On voit que cet auteur aime ses personnages. »
Cela rejoint ce que je disais par ailleurs : je veux écrire pour… etc.
Ce type de polar propose ainsi une lecture plus lente et plus réflexive. Il invite le lecteur à partager un point de vue, à questionner la vérité et à comprendre que le réel dépend toujours de celui qui le regarde.
En revanche, il a un revers de médaille : le lecteur qui cherche l’extraordinaire, les courses-poursuites, la violence urbaine ou même le sexe intensif en sera pour ses frais.
Certains diront : « Il ne se passe pas suffisamment d’événements. »
Le polar de regard n’est pas structuré comme une série policière télé très américaine, ou le spectaculaire prime, où les blancs nécessaires à la réflexion sont inexistants.
J’aime dire que mes polars sont des polars calmes, pourtant on y trouve des cadavres, comme dans tous les polars.
Mais, chère lectrice, cher lecteur, à vous d’imaginer ce que vous souhaitez qu’il se passe et de mesurer les différences qui nous séparent.
Ce sont ces différences qui vous feront réfléchir et tirer profit de votre propre perception de l’histoire.