Les Diables du parc : retour de lecture étonnant

Karine de Saga qui s’autodéfinit comme « romancière nomade » voyage seule depuis l’âge de quinze ans.
Tous les continents ou presque l’ont déjà vue.
Ses écrits sont d’une beauté incroyable et d’une justesse qui, je vous le jure, vous font un bien extrême en ces périodes d’incertitude et de laideurs.
Quoi dire, lorsqu’elle prend votre polar parisien un peu rétro dans les mains et vous sourit en relevant la tête, quelques heures après ?

Voici son retour de lecture :

Sortir de sa sphère de prédilection peut réserver de bonnes surprises. Francis Nopré-Villière et la couverture de son roman m’intriguaient depuis longtemps. Pour mon premier polar, je ne regrette pas un instant de m’être laissée tenter par « Les Diables du parc« .

Dès l’épigraphe, j’ai senti que ce roman avait de grandes chances de me plaire: « Si tu veux avancer, dépasse tes idées arrêtées. » L’air de rien, cela annonce que ce roman policier a des chances de soulever des réflexions qui ne se limitent pas à une simple enquête. 

Même s’il n’y a pas de messages subliminaux et si l’écriture est claire, nette et aussi tranchante que l’arme du crime, j’ai apprécié la sensibilité et la créativité de Francis Nopré-Villière qu’on ressent à travers ses personnages atypiques. 

On entre dans le vif de l’action immédiatement : À Paris, dans le temple de la Sybille qui surplombe le parc des Buttes Chaumont, un joggeur trouve un corps sans vie. Couvert de morsures, il a la jugulaire tranchée. Très vite, on comprend que le clochard est, ou plutôt était, bien plus mystérieux que ce que laisse croire son apparence.

L’événement devient embarrassant. Il faut trouver rapidement un coupable. Mais depuis que Félix Boldère, ours mal léché au bon cœur, protège Nina, une SDF gothique et malicieuse, accusée d’avoir volé de la drogue au commissariat, le capitaine chargé de l’enquête doit jouer avec le feu. Suspecté de complicité, il risque de se faire briser. Un pacte secret fait monter d’un cran la pression.

Malgré tout, le policier solitaire, au tempérament imprévisible, engage Nina comme profileuse. Marginale mais brillante, elle le captive. L’ensorcèle. Le fait succomber. Et l’épaule dangereusement dans cette affaire pleine de rebondissements. Quant à Boldère,  même s’il peut être redoutable avec les criminels, il la surprend par son côté hors norme qui ne colle pas avec l’image qu’elle se fait d’un flic.

Pièges, fausses pistes, vérités qui dérangent, lignes parallèles qui finissent par se croiser, rythment ce polar qui nous plonge dans un Paris réaliste, aux côtés d’un vieil homme au passé sulfureux précipité aux portes du Purgatoire, et de suspects aux histoires glauques ou rocambolesques.

La plume de l’auteur est entraînante. Son humour, désarmant. Et son brin de naïveté ou de pudeur, attachant. 

Son regard sur la société et les Hommes reste ouvert. Jamais il ne juge ou ne condamne.

Malgré le côté rustre de Boldère, on sent clairement son empathie envers les personnes différentes. Tous ses personnages, soigneusement construits, sont profondément humains; avec leurs fragilités ou leurs forces, leurs faiblesses ou leur beauté intérieure, leurs doutes ou portés par leur instinct.

À présent, je suis curieuse de découvrir les prochains volets des aventures de Boldère et Nina afin d’en savoir plus sur leurs passés énigmatiques !

Extrait qui m’a fait craquer pour le personnage de Félix Boldère :

_ Au fond de toi, qu’espères-tu ?
_ Réunir tous les gens que j’aime, les faire monter dans un bateau et accomplir le tour du monde en leur compagnie.
_ C’est tout ?
_ C’est tout.
_ Qu’est-ce qui t’en empêche ?
_ Je n’aime pas grand monde et réciproque. Le bateau risque d’être vide.
_ Et ça ne t’émeut pas ?
_ Si, justement. Je me dis que je ne dois pas être fait pour naviguer. Ça me tourmente. »